Cet article n’est pas un descriptif technique ou un topo complet de la première étape du Tour du Queyras. Il s’agit du récit de la randonnée reliant Saint-Véran au refuge Agnel que j’ai réalisée lors de mon trek de 7 jours dans cette région. Il est donc fait de mon point de vue et ne peut pas être objectif ! Ce qui est compliqué pour moi peut être facile pour vous, et inversement.

 

Le but est de vous livrer mes impressions, mes ressentis et une description de cette journée de marche afin que vous puissiez décider (ou non) de réaliser ce trek. Si vous avez déjà prévu de boucler le Tour du Queyras, vous pourrez peut-être y trouver quelques informations utiles !

 

> Saint – Véran – refuge Agnel : carte de la randonnée

 

Tour Du Queyras – Jour 2 : prendre le rythme

 

Ce matin, je me lève difficilement à 8 heures. Je fais mon café, je me lave à l’eau froide de la rivière, j’emballe mes affaires et je consulte une dernière fois le topo de l’étape du jour. Le ciel est tout bleu et le soleil se lève sur la vallée … Je dois me motiver à lever le camp.

Je démarre donc à 9h30. Pour les étapes plus difficiles, je devrai impérativement commencer à marcher plus tôt.

Du Pont Vieux, le chemin est presque plat et longe une rivière. Comme lors du premier jour, les marmottes sont partout et j’en surprend une à quelques mètres dans un virage.

Après 1h30 de marche, j’arrive à la Chapelle de Claussis. Je suis surpris de voir tant de monde si tôt alors qu’il n’y avait personne sur le chemin. Je comprend vite en voyant les voitures garées juste en bas de la chapelle. L’endroit est accessible en voiture.  De là, la vue est agréable. Dans la vallée, un berger et ses deux chiens déplacent une centaine de brebis pour un spectacle très sonore, fait de bêlements et de tintements de cloches.

 

panorama depuis la chapelle de claussis
chapelle de claussis tour du queyras
berger et moutons

De la chapelle au sommet

 

Depuis la chapelle, il faut prêter attention à ne pas prendre le mauvais chemin. Après être descendu d’une soixantaine de mètres, j’emprunte un sentier qui monte à flanc de vallée jusqu’au rocher des Marous, intersection entre la voie normale du GR 58 et une variante qui monte d’abord au col de Saint-Véran puis au Pic de Caramantran (3021 mètres) pour ensuite rejoindre le col de Chamoussière.

A 12h30, je n’ai gravi qu’un peu plus de 800 mètres de dénivelé et le chemin n’est pas particulièrement raide. Pourtant, chaque pas est difficile; le sac est lourd. Je transpire beaucoup et je respire fort.

Bingo : c’est ma première (et heureusement, seule) crise d’hypoglycémie de la semaine ! Je fais une longue pause pour manger un en-cas et boire. Mon état n’est pas catastrophique mais il faut que je prenne en compte cet avertissement de mon corps.

Après 30 minutes de récupération, je repars pour enfin parvenir au col de Saint-Véran, à la frontière franco-italienne, à 2880 mètres. Le contraste entre la France et l’Italie est saisissant. Chez nous, le ciel est bleu et dégagé. Chez eux, la nebbia (brume) monte et bouche déjà la vue.

panorama depuis le col de saint véran

Du col, on gravit la crête rocailleuse pour arriver au pic de Caramantran. Le décor y est celui de la haute-montagne. La crête empêche les gros nuages blancs italiens de passer en France. Comme d’habitude à cette altitude, le soleil réchauffe tandis que le vent rafraîchit.

Là, je me sens l’âme exploratrice, perché au sommet au-dessus des nuages, dans ce décor rocailleux et aérien. Le panorama sur la vallée du côté français est incroyablement vaste. La vue sur les crêtes, les vallons et les replats mérite amplement les efforts qu’il faut faire pour l’avoir.

tour du queyras sommet du pic de caramantran panorama
tour du queyras sommet du pic de caramantran panorama 2
cairn sommital du pic de caramantran

D’habitude, on peut voir le Mont Viso, sommet emblématique de la région. Malheureusement, aujourd’hui, le géant a décidé de se cacher derrière les nuages.

Du Pic de Caramantran au refuge Agnel

 

Quelques photos, un pique-nique et je descend au col de Chamoussière. Les premiers mètres sont très délicats puis le chemin s’élargit. Au col, il faut virer à droite pour suivre l’unique chemin à travers un immense pierrier qui rejoint le refuge Agnel en un heure. Le sentier ne présente aucune difficulté, mis à part le fait qu’il faut faire attention aux endroits où l’on pose ses pieds pour ne pas se tordre une cheville.

 

Il n’est que 16h30 et mon étape est finie. Je décide donc de faire une halte au refuge Agnel avant de planter ma tente. C’est un très grand refuge avec un extérieur en bois, situé à côté de la route, même s’il se trouve à presque 2600 mètres d’altitude (quelque chose d’inexistant dans les Pyrénées, à ma connaissance). En y arrivant, il m’évoque plus un hôtel d’altitude qu’un refuge de montagne, par sa taille et son allure. Pourtant, la nécessité d’abandonner mes affaires dans une pièce mal éclairée pour enfiler des Crocs très moches et pénétrer dan la pièce commune pas assez chauffée me rappelle que c’est bien un refuge !

le refuge agnel depuis le col agnel

Je me pose sur un banc en bois pour lire le livre que j’ai emporté : Sauvage par nature de Sarah Marquis. Cette femme est incroyable ! C’est une marcheuse solitaire qui a évolué dans des environnements naturels extrêmes peuplés d’humains qui n’avaient pas toujours de bonnes intentions. Dans ce livre, elle raconte son périple en Mongolie. Elle y a étée harcelée par des cavaliers nocturnes, attaquée par des chiens errants, surprise par les orages, la pluie, le vent et les coulées de boue. Pourtant, elle trouve de la beauté dans tout ce qui l’entoure et se réalise dans la marche. Une belle leçon d’humilité.

Pendant que je lis, le border collie du refuge vient se faire caresser grâce à des yeux qui crient très bien toute la détresse du monde. Au fur et à mesure que je le caresse, ce comédien hors-pair se laisse couler contre ma jambe. Au bout d’un moment, le second chien du refuge, comprend qu’il peut aussi venir demander sa part.

Vers 18h, je reprend mes affaires et je vais poser ma tente à côté d’une cabane de berger fermée à proximité du refuge. Nous sommes à 2600 mètres d’altitude et le vent souffle. J’enfile mon bonnet et mes gants. Au fil de la semaine, je m’apercevrai qu’il ne faut pas craindre ce vent qui souffle lorsque la journée se termine. Il s’arrête dès que le soleil a fini de se cacher derrière les crêtes.

tour du queyras en bivouac

Cette journée de marche a été plus éprouvante que la première. Mais les décors traversés, la promesse de monter au Pain de Sucre le lendemain et la joie continue de vivre au grand air effacent facilement la fatigue corporelle.

Le bonus ? Finir la journée avec cette vue devant la tente :

le pain de sucre depuis le refuge agnel
Informations complémentaires

 

  • Dénivelé positif : 1100 mètres
  • Dénivelé négatif : 500 mètres
  • Distance : 13 kilomètres
  • Temps de marche : 7 heures