Cet article n’est pas un descriptif technique ou un topo complet de la première étape du Tour du Queyras. Il s’agit du récit de la randonnée reliant le refuge Agnel à Ciabot del Pra que j’ai réalisée lors de mon trek de 7 jours dans cette région. Il est donc fait de mon point de vue et ne peut pas être objectif ! Ce qui est compliqué pour moi peut être facile pour vous, et inversement.  Cette étape était longue et en rassemble deux « normales » : du refuge Agnel à la Monta sur le GR 58 principal puis de la Monta à Ciabot del Pra par une variante.

Le but est de vous livrer mes impressions, mes ressentis et une description de cette journée de marche afin que vous puissiez décider (ou non) de réaliser ce trek. Si vous avez déjà prévu de boucler le Tour du Queyras, vous pourrez peut-être y trouver quelques informations utiles !

 

> Refuge Agnel – Ciabot del Pra : carte de la randonnée

 

Tour Du Queyras – Jour 3 : extase

 

Aujourd’hui, lever à 7 heures du matin. Dehors, le soleil se lève à peine derrière les crêtes et le ciel s’annonce clair. Après avoir rangé mes affaires, bu un café, mangé quelques poignées de muesli et une toilette rapide, je monte rapidement au col Vieux, à 2806 mètres.

Sur mon topo du Tour du Queyras, il est indiqué que l’ascension du Pain de Sucre, 400 mètres plus haut, est «sans difficultés». Pourtant, j’ai devant moi une montagne rocailleuse et escarpée. Je décide donc de laisser mon gros sac d’itinérant au col pour ne prendre que le strict minimum. Je noue une veste en bandoulière dans mon dos pour transporter une gourde d’eau. Je prend mon appareil photo, mon bâton, mes gants et j’y vais.

Au bout de quelques minutes, je passe à côté d’un marmotton à peine plus gros qu’un chat. Il court jusqu’au bord de la pente pour observer la vallée et les randonneurs qui s’activent à la gravir. Cette petite sentinelle me laisse juste le temps de la photographier puis disparaît.

tour du queyras / marmotton
marmotton tour du queyras pain de sucre
Les premiers mètres, faciles, consistent à remonter des replats herbeux mais rapidement, le sol se transforme en grosses pierres et en dalles rocheuses. Il faut bien veiller à ne pas perdre le balisage, abîmé par les intempéries, et à ne pas glisser. Au fur et à mesure que l’on monte, la pente s’accentue et il faut parfois poser les mains. Lors des ultimes mètres, je ne vois que des rochers et le ciel au-dessus de moi. J’ai l’impression de grimper jusqu’aux nuages !

La vue au sommet ? Aérienne, grandiose, vertigineuse, royale. Je suis le premier de la journée à monter, encore seul pour un bon quart d’heure. Je profite de ces instants, perché sur le toit de ce monde fait de crêtes, de vallées et de replats.

Côté italien, on voit l’emblématique Mont Viso et une immense vallée. Côté français, les crêtes et les vallons forment un panorama somptueux à perte de vue. Tout semble minuscule d’ici. Au loin, on voit jusqu’au Mont Blanc, situé à plus de 250 kilomètres d’ici !

panorama depuis le pain de sucre
tour du queyras / vue sommet pain de sucre
le mont blanc depuis le pain de sucre
Deux personnes que j’ai croisés au col arrivent au sommet. Ils me disent qu’ils ont vu des perdrix des neiges en montant. Des animaux en voie de disparition. Quelle chance !

Rapidement, ces deux randonneurs sont suivis de plusieurs autres. Je décide donc de redescendre. En même temps que je tâte la stabilité de certaines pierres, je pense que j’ai bien fait de laisser mon sac de 15 kilos en bas.

Soudain, je crois voir un mouvement un peu plus bas. Les perdrix des neiges ! Je m’arrête et j’en vois une, deux puis trois. Elles se déplacent en dodelinant sur leurs deux pattes pour disparaître derrière des rochers. En continuant de descendre, je les recroise. Cette fois, j’ai le temps de les prendre en photos.

perdrix des neiges pain de sucre
Tout à coup, une d’entre elles prend son envol, immédiatement suivie de ses congénères. Je vois cinq lagopèdes au plumage gris, marron et blanc s’envoler de l’autre côté de la montagne. Une belle rencontre de plus.

Je rejoins rapidement le col pour récupérer mon sac et descendre jusqu’au lac Foréant, 200 mètres plus bas. La berge est protégée par une corde pour protéger une végétation endémique très fragile. Dans le Queyras, plusieurs espèces animales et végétales ne peuvent être vues qu’ici. Poussées depuis le Nord vers le Sud à l’ère glaciaire, elles se sont retrouvées «piégées» là lors de la hausse des températures, dans un environnement qui ressemble pour beaucoup à leur habitat d’origine.

Les efforts déployés pour protéger un environnement fragile sont conséquents dans le Queyras. Barrières, panneaux, informations, sentiers entretenus, etc. Tout cela contribue à créer une immense terrain de jeu idéal pour les randonneurs … à condition que chacun en prenne soin.

A midi, je fais une pause sur une butte. De là, je peux voir le lac, le Pain de Sucre et deux pêcheurs sur fond de ciel bleu. Le tableau est parfait.

lac foréant tour du qyeras étape 3
Du lac Foréant, le chemin continue de descendre, doucement d’abord, en lacets raides ensuite, jusqu’au lac Egorgéou. On le longe pour emprunter un chemin caillouteux qui suit la gorge pour pénétrer dans une forêt et enfin arrivera la Monta (1685 m) fin prévue de l’étape.

Il est 15h30 quand j’arrive dans ce hameau composé d’une église, un cimetière et un ancien poste de douanes transformé en refuge.

Tout est fermé, je n’ai croisé personne depuis des heures et la grande route droite qui passe aux abords du hameau est déserte. Le paysage est fait d’une très large rivière qui descend dans la vallée, tout aussi large, et de grands mélèzes. Seul le vent rompt le silence. L’ambiance est assez particulière.

La Monta est un petit village qui a été bombardé pendant la seconde Guerre Mondiale lors d’affrontements entre italiens et français. En 1946, il a été victime d’une avalanche qui a emporté le peu de ce qu’il restait ! Le village n’a donc jamais été reconstruit et aujourd’hui, il ne subsiste que les deux bâtiments qui ont réussi à rester debout.

Comme il n’y a rien à faire, je décide de faire ce que je fais de mieux depuis trois jours : marcher. Je prévois de tirer jusqu’au col Lacroix (2300 m) pour redescendre à Ciabot del Pra (1730m), du côté italien. Le but du jeu est d’arriver avant le coucher du soleil qui a lieu dans trois heures et demie.

Je sais que si je veux gagner du temps pour être large au niveau du temps, ce sera en montant et non en descendant. Monter plus vite ne requiert qu’un effort physique plus intense. Descendre à toute vitesse, c’est prendre le risque de se blesser, ou pire.

Je monte vite dans les lacets raides de la forêts et sous un soleil qui chauffe. Je pousse sur mes jambes pour soulever mon corps et mes 15 kilos d’équipement. Mon cœur tape, je transpire beaucoup, je respire fort.

J’arrive au col Lacroix après une heure de montée, alors que cette ascension est estimée en 2 heures. Je sais que niveau timing, je serai bon. Je fais donc une longue pause. Les kilomètres de marche, les montées et les descentes faites depuis ce matin laissent des traces dans mon dos, mes jambes et mes pieds.

col lacroix / tour du queyras
En repartant, je râle intérieurement que mon dos me fait mal. Mon pieds droit aussi. Beaucoup pour une ampoule, j’espère que ce n’est pas trop grave parce que …

Un chamois. Là, juste devant moi, sur le chemin, à quelques mètres, un chamois ! Il mange de l’herbe sur le rebord d’un muret. Je le trouve magnifique. Je me fige, je ne veux pas qu’il parte. Il lève la tête pour me regarder. Je pense qu’il va s’enfuir mais non, il continue à manger tranquillement. Je sors doucement mon appareil photo pour le capturer. Il me laisse tout juste le temps d’en prendre une puis il s’en va.

tour du queyras chamois
J’en tremble. Depuis trois jours, je lève les yeux en espérant en voir, sans succès. Et là, sur un chemin, alors que je n’ai croisé personne depuis des heures, j’en croise un, tout près ! C’est une merveilleuse rencontre.

Il réapparaît peu après, un peu plus haut, accompagné d’un autre chamois, plus gros. Ils m’observent, intrigués mais pas paniqués. Je les photographie rapidement puis je les laisse tranquilles.

chamois troisième jour tour du queyras
chamois2
J’arrive donc à Ciabot del Pra à la tombée du jour,avec des pieds douloureux et un sourire sur le visage. Cette étape est la plus belle de mon tour du Queyras. Une des plus physiques aussi : plus de 20 kilomètres parcourus en 12 heures pour 1300 mètres de dénivelé positif et 2000 de négatif.

De ce côté italien, la vallée est un petit coin vert entouré de crêtes où se trouvent le grand refuge Jervis et une ferme occupée par deux vieux paysans, deux cochons et quelques poulets. La principale différence avec le côté français, c’est ce voile de brume qui habite le vallon. Associé à la fatigue et la température qui descend, cet air froid me frigorifie.

Je me sens bien mieux après avoir mangé un repas chaud. Ce n’est qu’une fois le ventre plein que je me rend compte que tout le monde est en tee-shirt alors que j’avais enfilé mon bonnet, mes gants et deux couches de vêtements chauds !

Cette étape était une extase. C’est un défi physique que j’ai relevé. C’est une succession de paysages que j’ai adoré contemplés. Et c’est une suite de rencontre animales que j’ai savourées.

Informations complémentaires

 

  • Dénivelé positif : 1200 mètres
  • Dénivelé négatif : 2000 mètres
  • Distance : 20 kilomètres
  • Temps de marche : 11 heures